Le RAP a sauvé ma vie

Le RAP a sauvé ma vie

16 mai 2018 14 Par Atome

“Si je ne pouvais écrire je serai muet condamné à la violence dans la dictature du secret…”_ Kery James- Je m’écris

Oui, il a sauvé ma vie, mais il aurait aussi pu la détruire…

Depuis tout petit, j’ai toujours eu cette envie de m’exprimer, de prendre la parole. J’ai toujours eu une relation forte avec la musique, car pour moi, elle est un très grand moyen d’évasion et de libération. Je me suis frotté au RAP plusieurs fois dans mon enfance, mais sans toutefois l’embrasser réellement. Mon histoire avec cette musique commence en 2007 lors des vacances chez ma tante. Les albums et singles présents dans l’ordinateur de mes cousins m’ont séduit. Du RAP Français! En écoutant cette année là les textes des titres de Diam’s, Youssoupha, La fouine, Soprano, Disiz la peste , Sinik – je suis resté épris- c’était comme une révélation : Il fallait que je rappe.

Youssoupha “Ma destinée”_2006

Voilà comment je suis devenu il y’a 10 ans l’un de ces jeunes qui tachaient des feuilles. De jour en jour, ma passion n’a fait que grandir. Je passais mes journées à fouiller, rechercher des albums, des histoires liées à cette musique des USA au Sénégal en passant par la France, j’ai retracé l’histoire des années 70 aux années 2000, je consommais sans modération. Je suis devenu rappeur malgré moi, par amour pour cet art.  J’écrivais, j’inventais, je créais des textes, je m’évadais, je me libérais par ma plume- En apprenant de jour en jour. J’ai consommé milliers de titres et d’albums de toutes les époques.

2pac_ Dear Mama “1995”

 “Le RAP a sauvé ma vie, il peut sauver la tienne”_Disiz la peste (J’ai changé)

Il y’a tellement de sous-genres et de registres dans le RAP, mais j’ai toujours un fort penchant pour les textes conscients, le lyrisme et les plumes créatives et surtout pour les thématiques liées au rêve, à l’amour, à l’altruisme, à la revendication, la dénonciation, le militantisme et à l’espoir. Même si je ne peux pas cacher mon kiff pour certains styles égotrip et trash, la chaleur des clash, des beats au groove hiphop qui font savourer l’art. Je suis un élève, un passionné de l’école du lyrics et des RAP mélodieux. Des textes qui ont comblé mon tympan, certains qui étaient pour moi des leitmotiv. Ces histoires qui touchaient mes oreilles et me faisaient comprendre que la réussite est possible;  qu’il y’a des jeunes ailleurs avec des vies comme la mienne.

Diam’s “Da ma bulle” 2006

La vie était dure,lourde… mes douleurs je les pensais avec le RAP. Quand j’écoutais TUPAC chanter l’amour et l’utopie dans les titres “Changes”, “Better days”,”Unconditional love”, “Dear Mama”…-  Je fermais les yeux et j’imaginais une autre réalité quand j’écoutais “Hope” de Twista- “I can”, “If i rule the world” de Nas, quel flow! “Un jour de paix” du 113 –L’album “Puisqu’il faut vivre” de Soprano m’a aidé à ne pas baisser les bras à refouler mes envies suicidaires-  Les titres du groupe Sniper me reflétaient tellement, le couplet de Blacko dans le titre “Fallait que je te dise”,c’était moi. L”art et la manie des rimes collées au message de Youssoupha, son premier album “A chaque frère” est l’un des meilleurs recueils textuels du siècle- Et quand Diam’s rappait sa joie, ses peines, son envie de sortir de sa bulle, je me sentais tellement concerné – Le vécu et l’émotion des musiques de La Fouine – Le coté Thug de SINIK et ses punchlines, ses rimes sont des classiques.

Iam “Revoir un printemps” 1998

Menelik “Je me souviens” 1996

J’ai aussi eu des rendez-vous avec l’écriture sophistiquée face à la maturité des groupes IAM (Demain c’est loin, Revoir un printemps…Trop de classiques), la profondeur des lyrics du groupe Arsenik (c’est pas tout le monde qui peut comprendre), la philosophie de MC SolarKery James et sa détermination par sa plume me disait de ne pas baisser les bras – Le titre “Si loin de toi” de PIT Baccardi a touché mon cœur car j’avais ce vide aussi. Le vocal de Passi, un grand kiff. Les textes imaginaires et névrosés d‘Eminem et tous ses classiques “Stan”, “Cleaning out my closet“, c’est toujours comme du neuf quand j’écoute. Je ne peux pas tous les citer, c’est de milliers.

Eminem “Stan”_2000

“De l’alphabet, si j’étais une lettre, je serai celle qui précède le Y et le Z. Non pas le X des films de Sodome, mais le X placé sur le nom de Malcom” MÉDINE (Portrait chinois)

Plus j’écoutais du RAP, et plus je voulais en écouter, même au Cameroun je me suis fait des références, la rage de Valsero- Le titre “La peace” de Maahlox reste l’un des meilleurs médicaments de ma vie – La sagesse et l’intelligence dans la plume de Boudor- La plongée dans les sonorités locales avec Krotal-  Le classiques de RASYN et d’AK SANG GRAVE- le flow magique et la technique de Sir Nostra- La maitrise des mots d’Alberto les clés, la force des textes de Killamel.

Valsero “Ce pays tue les jeunes” 2008

“Un bon rap ça se partage” Boudor (un bon beat DJ)

Je me rappelle que je marchais avec l’album de Soprano afin que les autres l’écoutent et ressentent ce que j’ai ressenti. Certains me prenaient pour un fou, car je vivais dans mon casque et mes oreilles n’entendaient pas les bruits ambiants, j’étais dans le RAP. Certains potes me suivaient dans ce délire; Mitché, Zame, Gaby, Franky, Lewis, Deff, on n’était pas nombreux dans mon quartier à Mambanda. En fac, on passait des heures à partager et parler de cette passion mondiale avec Bago, Nalkim, Thierry, Stive, Boby. Et je rappais, j’écrivais pour évacuer, pour me libérer du poids de la vie, pour refuser mon sort. Mes tantes n’aimaient pas car pour elle, je me perdais, mais sans le RAP, je serai devenu fou, ou pire j’allais devenir un cas social, j’avais trop de rage, de démons qui me rodaient.

Passi feat Akhenaton “Le monde est à moi” 1997

“Fallait que je maitrise les mots pour me défendre car ce sont des munitions, on t’écoute quand tu fais du bruit que tu pointes une arme, la mienne un mic”. Don Choa_Extrait de Mystère et Suspence (Fonky Familly)

J’ai refoulé les fantasmes

Mais le RAP, ce n’est pas que ça. Il y’a ce coté fun de la chose, des registres égotrip, des styles clash, du trash et même de la diffusion de l’immoralité et des valeurs obscènes. A un moment de ma vie j’ai tout embrassé, et oui comme le dit Kery, “les rappeurs racontent des histoires, à toi de voir si tu veux y croire”. En effet, comme toute musique, le RAP est un exutoire pour nombreux, certains en ont fait un moyen. La drogue, les crimes, la haine, la ganstarisation, la perversité sont véhiculées par certains rappeurs. Cette image popularisée qui fait parfois croire aux jeunes qui s’y identifient que c’est un exemple de vie. J’ai eu l’esprit sublimé, des envies de vol, de fumer de la drogue, de chosifier la femme, de faire des sales coups et d’aller en taule, je me suis même tatoué car influencé.

Ils veulent te voir dabber, prendre la pilule. Ils veulent te voir tatoué de ton visage à tes talons… Je te dis juste ce qui t’arrivera si tu continues à rapper les sujets que tu rappes.  J. Cole “1985” sorti en 2018 (Il parle de la perdition des rappeurs)

“J’ai plus confiance aux rappeurs, la plupart s’inventent une vie de voyou quand au mic, ils deviennent narrateurs” YOUSSOUPHA (Les apparences nous mentent)

“Le pire serait d’ignorer qu’on ignore se noyer, donc tout avaler comme un omnivore”_ Alberto LesClés Son of God (Bats toi)

 

A cause des messages diffusés dans du RAP. De nombreux jeunes dans le monde  ont été victimes, le RAP a fait des ravages dans la vie de certains. Autour de moi j’en ai vu devenir des cas sociaux, certains sont morts, allés en prison, certains sont devenus des ratés, certains ont tué, sont devenus fous. Mais j’ai très vite fait de choisir mon camp “On peut aimer une musique mais ne pas en faire une religion, les rappeurs ne sont pas des prophètes”. Certains rappeurs américains et français ont trompé de nombreux jeunes, le RAP est parfois hardcore, pervers, cru et vulgaire. Ils ont conduit plusieurs d’eux à la dérive à force d’adopter  leur paroles comme rythme de vie. Certes c’est de l’art, mais la parole a sa conséquence.

The Fugees “Ready or not”

Heureusement pour moi, le RAP a sauvé ma vie. Aujourd’hui j’écoute encore mes morceaux et albums de RAP. Ceux d’aujourd’hui ne sont aussi bons (du moins peu me parlent aujourd’hui, une pensée pour Orelsan), c’est le changement. J’ai passé les 10 dernières années de ma vie à collectionner. Chaque passionné a ses gouts et ses références. Aujourd’hui les jeunes sont plus sensibles aux “Punchlines” et aux délires qu’aux thématiques réelles, ça fait de l’égotrip et du commercial. Les musiques ont moins de profondeur et d’émotions. C’est l’époque et ça reste quand même de l’art. Certains définissent le RAP comme “Rythm & Poetry”, “Rime anticonformiste positive” moi je dirai en français “Résistance-Amour-Persévérance”. Le RAP a sauvé ma vie