Ma grand-mère (Part 2) / Entre l’amour et la mort

Ma grand-mère (Part 2) / Entre l’amour et la mort

20 novembre 2019 0 Par Atome

Il y a un an que j’ai partagé avec mes lecteurs l’histoire de ma vie avec ma grand-mère “Mami Lou” (Mamie Lucie).  Du moins, le début de ma vie avec elle. C’était dans cet article ICI

Aujourd’hui, un an après (c’est fou comme le temps court), je continue un bout de mon histoire avec cette dernière. Car en effet nous sommes le 20 novembre, et cela fait exactement 11 ans qu’elle est décédée. Allons y!

Quand le vie brise le bonheur 

Les années heureuses que je vous ai dit avoir vécu aux cotés “Mami LOU” ne furent pas si longues hélas. Lorsque j’avais 11 ans, en classe 4ieme, alors qu’on vivait avec mon cousin Pitou (lui aussi décédé), ma grand-mère a été frappée par une très forte maladie. Elle a été obligé de se séparer de moi pour aller vivre chez ma tante Ma’a Chan, afin qu’on puisse prendre soin d’elle. L’année d’après, elle est revenue à nos cotés, mais elle n’avait plus la même force, et on devait s’occuper d’elle. Je dois vous dire que le UN AN de son absence avait bouleversé ma vie. Avec mon cousin, on avait tellement erré. Mon oncle lui, avait mis la maison de ma grand-mère en location et il restait juste une petite chambre pour nous.  Je la voyais soucieuse, encore plus qu’autrefois, elle me parlait chaque jour de ses biens (assiettes, meubles, draps…) qui constituaient sa seule fortune et auxquels elle tenait tant, elle voulait qu’on en prenne soin. Elle m’avait d’ailleurs offert un tapis à cette époque que je garde jalousement depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui.

Conflits de famille
Le sort va finir par faire que nous allions finalement tous vivre chez mon oncle, toujours à Mambanda, pas loin de chez ma grand-mère. Elle ne voulait pas cela, mais n’avait pas trop le choix, en effet, elle ne s’entendait pas bien avec sa belle fille. Mon oncle lui avait quand même donné la chambre extérieure de sa maison, bien avant de voyager pou l’Europe en 2004. Ma grand-mère allait mal et était souvent isolée dans cette maison, j’étais le seul de ses petits enfants qui passaient du temps avec elle, et ce n’était pas tant que ça. Moi en pleine adolescence, en puberté, j’apprenais à vivre sans attachement à elle. Souvent, on avait des conflits, car elle grondait lorsqu’elle n’appréciait pas certaines choses. Mais malheureusement, elle avait moins de force. En plus, dans la famille Africaine, vous savez qu’on mêle toujours les enfants aux histoires de Belle-mère et femme du fils. Donc c’était froid dans cette maison, il y avait les choses de ma grand-mère à part et ceux de la femme de mon oncle et ses filles à part. Aujourd’hui je réalise à quel point c’était stupide. Car si vous saviez où en sont les choses 15 ans après, chacun a appris de ses erreurs en tout cas.

Des “aller-retour”

Finalement la maladie de ma grand-mère va s’empirer et elle va encore devoir nous quitter pour chez mes tantes. C’est après cette période que le sort de la vie m’a jeté chez Monsieur T, le méchant beau-père, le mari de ma tante Mami Jacka chez qui je suis allé vivre. Je pense que cette partie, je vous l’ai suffisamment raconté ICI . Ma grand-mère a certes grandi au village mais, c’était une citadine, commerçante et battante qui ne voulait pas rentrer gérer les champs. D’autant plus qu’elle ne voulait pas être loin de moi. 

Les années sont passées, on se voyait peu, occasionnellement, mais l’amour entre ma grand-mère et moi existait toujours, j’étais toujours son cher petit fils adoré. La preuve, à chaque fois qu’on se voyait, elle me faisait un petit cadeau même sans moyens. Finalement, après de nombreuses tournures de la vie, nous sommes rentrés à Bonaberi, à Mambanda. Moi chez mon oncle et sa femme, ma grand-mère, chez elle avec ma tante Mami Jacka et ses enfants. Mon oncle lui avait donné la maison après la séparation violente avec son mari , puisqu’elle n’avait pas où loger. On sortait là de deux années (2005-2006) de vie effroyables racontées ICI 

Je faisais donc ma classe de 1ère(2007) en allant tous les jours voir ma grand-mère. Les jours où elle était en forme, elle me faisait un petit repas en mode une place et elle me le donnait en secret. Parfois c’était des petits lancements (un peu d’argent), entre 200 FCFA et 1000 FCFA. Malgré sa maladie, elle avait toujours envie de prendre soin de moi. En classe de Terminale, lorsque j’avais 15 ans, vers le mois de mai, un incident va se produire et faire en sorte que je quitte la maison de mon oncle pour rejoindre ma tante et ma grand-mère (je vous raconterai cela un jour).  Ces temps là, ma grand-mère a encore rechuté et est allé chez ma tante Sandrine (récemment décédée. RIP à elle ).

Lorsque qu’en 2008, j’ai réussi à obtenir mon Bacc, je suis allé rendre visite à ma grand-mère, et quand elle m’a vu, elle est venue me prendre dans ses bras, tellement joyeuse, joyeuse comme je ne l’avais pas vu depuis des années; elle m’a serré avec fierté, ensuite elle a levé les mains vers les le ciel et a dit “Dieu je te remercie, je peux enfin mourir en paix”.  Elle souriait et chantait. Ce fut tellement marquant pour moi, ces paroles m’ont frappé comme si elle était en mission sur terre pour moi. Ma grand-mère a toujours souhaité que je réussisse. Durant mon enfance elle me le répétait tout le temps. Mon Bacc la rendait surement plus confiante et la confortait dans ce sens. 

Quand la mort arrive

Nos instants d’euphorie ne vont pas durer. Juste quelques mois après, ma grand-mère va revenir à Bonaberi avec nous. Je dormais avec elle dans une chambre et ma tante avec ses filles dans l’autres. La maison était en carabotes, veille et très précaire. Je commençais en cette période ma 1ère année de Fac en science économiques et je n’allais pas à l’école tous les jours. Ma grand-mère a rechuté une fois de plus et les navettes ont recommencé, avant qu’elle ne revienne définitivement rester avec nous. Elle a commencé à ne plus pouvoir marcher, d’habitude, elle allait au centre de santé du quartier se faire des soins, mais avec le temps, elle n’y arrivait plus seule. Parfois je l’accompagnais, mais je regrette de ne pas l’avoir suffisamment assisté. Son quotidien c’était : douleurs permanentes, perte de mobilité,  cris, impossibilité de pouvoir se garnir ou d’aller faire ses besoins. Elle souffrait, elle avait tellement maigri, elle criait toute la nuit, elle perdait parfois la raison, elle se sentait coupable de nous donner autant de peine, elle demandait des excuses à chaque fois. Faire des selles sur elle, une énorme blessure à la fesse, des maladies opportunistes qui s’enchaînent. On devait la nourrir et c’est peine si elle consommait. On ne tenait plus compte de ce qu’elle disait.  On devait nettoyer ses selles, je le faisais avec le visage froissé, parfois je l’ai même grondé dessus. Qu’est ce que j’ai fait comme ça? que Dieu me pardonne, je donnerai tout pour pouvoir revivre l’occasion de me corriger.  Ma grand-mère disait qu’elle voyait ses aïeux, elle appelait les morts, elle était sur la route de l’au-delà.  Malgré tout elle faisait parfois un effort surhumain pour se lever, elle tentait même de nettoyer ses vêtements, d’aller aux toilettes, mais l’équilibre, elle ne l’avait plus.  J’ai du respect pour sa force, elle a lutté de toutes ses forces. Pourtant elle était déjà dans le couloir de la mort.  C’est si douloureux de s’en souvenir.

Je la voyais s’en aller de jour en jour, la maladie l’absorbait petit à petit, et moi j’étais dominé par un sentiment de froideur. J’avoue que je ne savais pas non plus où j’en étais vraiment à cette période. En effet j’étais dominé par une colère bipolaire : – d’une part le fait que j’étais conscient qu’elle allait partir et me laisser me faisait mal et c’était déjà un fait. Je pensais au fait que je n’ai pas eu ma mère mais que ma grand-mère aussi devait me laisser. J’étais déboussolé et je ne m’en rendais pas suffisamment compte. – d’autre part j’étais en colère à cause du fait que ma grand-mère ne voulait pas me dire qui est mon père. Elle était en effet la seule personne capable de me le dire avec exactitude, vu que ma mère je l’ai pas connue. Mais hélas, elle s’en est allé avec le secret. Un jour, alors qu’elle était un peu en équilibre, je lui ai posé la question en lui mettant la pression et avec colère. Malheureusement, pas de réponse satisfaisante. On en est toujours là d’ailleurs 11 ans après.

Le 20 novembre 2008

Après une nuit torride, de cris et d’insomnies, on constate le matin que le cas de ma grand-mère est très aggravé, elle qui était suivie par un naturopathe jusque là avait tant demandé qu’on l’emmène à l’hôpital ( Elle disait d’ailleurs que les prescriptions de son naturopathe Pa’a Thomas n’était pas bonne, qu’il était déjà un peu fou. Mais mes tantes avaient confiance car il la suivait depuis et ça marchait. Quelques mois après, il s’est brûlé dans son centre, bizzare nonnn)… Revenons… je disais qu’après cette nuit, durant la journée mes tantes nous rendent visite, ma grand mère ne parlait plus, elle regardait juste et faisait à peine des gestes. Finalement mes tantes décident de l’emmener à l’hôpital.  C’est ainsi que vers 16h, on porte ma grand-mère tel un gros sac lourd pour la mettre dans un taxi en direction de l’hôpital Cebec de Bonaberi. Elle pesait tellement, je ressentais le poids de ses os sur moi.

En entrant dans la voiture, j’avais la tete de ma grand-mère sur mes cuisses. Nos regards se sont croisés, elle m’a fixé fortement, et j’ai eu l’impression qu’elle entrait dans moi. Je l’ai ressenti au plus profond de moi avec une douleur et un sentiment d’incapacité.  J’ai su à cet instant qu’elle partait pour de bon. J’étais terrifié et je me suis mis à pleurer subitement. Je me souviens de ce visage faible et de cette chose mère qui m’a transpercé. C’était l’au-revoir de ma très chère grand-mère. Pendant que je restai à la maison pleurer. Quelques heures plutard, on nous annonce sa mort. Une part de moi est morte ce jour, un nouveau chapitre allait s’ouvrir.  Ma grand-mère était le symbole de l’amour, un pilier et un refuge pour moi. Elle est partie sans que je ne puisse lui faire au moins bénéficier de ce que j’ai pu obtenir dans ma vie. Oui ça nous arrive généralement, ne pas pouvoir avoir l’occasion de rendre à nos proches un peu de ce qu’ils nous ont donné.  C’est la vie!

Ou que tu sois, qui que tu sois devenue, je pries Dieu de t’accompagner et de toujours te protéger Mamaah. Que ton âme vive en paix. Tu étais ma grand-mère, mais avant tout ma mère, mon père. Fuck la mort!