Ma première fois à l’école. Partie 2:  Ce jour où je me suis pissé dessus

Ma première fois à l’école. Partie 2: Ce jour où je me suis pissé dessus

15 octobre 2020 0 Par Atome

NB : Ce texte est la suite de la partie 1 ICI

J’étais tellement enthousiasmé par le fait que j’irai à l’école. A tel point que je passais le temps à regarder mes vêtements que Ma’a Chan avait achetés. J’attendais impatiemment le jour de début et il est enfin arrivé.
Puisque j’allais avoir 04 ans bientôt, ma famille avait décidé de me faire commencer à la SIL, pareil pour Christelle ma cousine bien que plus âgée. La rentrée était déjà passée, nous accusions quelques jours de retard.

Le futur monde 

Je me souviens que ce jour, il y avait un beau soleil levant, Mami Jacka nous a préparés et habillés avec nos habits neufs, nous as mis le goûter, les cahiers “Les bananiers”, crayons jaune orangier avec la gomme rose au bout, taille-crayon et livres dans les sacs. Je me souviens de cette odeur de la rentrée, de ces outils neufs. Toi aussi tu dois la connaitre cette sensation ambiante, avec le temps parfois elle faisait plaisir et parfois donnait la flemme. Nous avons par la suite pris le chemin pour l’école “Futur monde” à Mambanda à environ 800 m de la maison, plus en bas, vers la marée. On s’y rendait biensûr à pieds. Je revois le chemin, ce chemin que j’ai parcouru durant les 05 prochaines années qui suivaient. Ma grand-mère nous a donné ce jour 10 Fcfa chacun. A l’époque ça permettait d’acheter un bonbon sucrette, une sucette coloré, les beignets de manioc appelés boulettes. Des choses que je découvrais sur la route pour la 1ère fois de ma vie.

                                        Bonbons sucrette- Souvenir de l’ecole primaire

Arrivés à l’école, nous avons fait un tour au bureau des directeur et directrice, M. René et Madame Françoise. La dame avait l’air plus gentille que le monsieur et j’ai commencé à me sentir mal.  Elle va nous diriger vers notre salle de classe qui était à la gauche de l’entrée principale de l’école. On a traversé cette grande cour et je voyais tellement de classes avec des enfants, la majorité plus grands que moi. Ça me faisait un genre. Lorsque nous sommes arrivés devant la classe, j’ai vu les d’enfants du 1er banc au fond, le sol était en terre, les table-bancs étaient chargés, je voyais le tableau noir sur lequel la maitresse avait écrit, et l’emploi du temps qu’elle avait mis au coin du tableau, sa chicotte sur la table, les craies blanches et de couleur. Puis la maitresse est venue vers nous avec un sourire et un air très imposant, pour se présenter. Elle c’était Madame THERÈSE, Makaki Therese,  la maîtresse de la SIL A. Cette femme!! Je me souviens de son abnégation, de sa démarche, de ses molaires impressionnants. Elle nous a bien accueilli mais mon enthousiasme avait diminué au regard de toutes ces choses qui étaient nouvelles pour moi et ayant de l’angoisse, j’ai dû FAIRE PIPI sur moi. La honte! Mince! c’était plus fort que moi. Moi qui ne pissait plus au lit depuis fort longtemps. Je me souviens d’avoir été un peu consolé et cajolé avant de rejoindre finalement la classe.

Ma salle de classe

C’est au 1er banc qu’on m’a installé et Christelle ma cousine à l’autre bout de la salle. J’étais assis à coté d’une petite fille brune avec les longs ongles, qui me faisait un peu peur. Moi même j’avais les ongles qui poussaient mais les siens semblaient plus agressifs. Elle s’appelait Kenfack Kala Christianne, il y avait aussi un autre comme ça dans la salle, les gens l’appelaient Moustique, il avait l’air méchant et très introverti, on aurait dit qu’il n’était pas avec nous, il semblait avoir beaucoup de problèmes et n’était pas aussi bien entretenu que les autres enfants. Plutard j’ai découvert que son père c’était un soulard qu’on voyait souvent dans le quartier. Merde!

             Le commentaire de ma camarade Mawamba

Sur mon banc ( table-banc), il y avait aussi mon ami Mapouré Bellini, avec qui plu tard je vais prendre l’habitude rentrer. Il vivait au quartier Bamoun. Oui si je ne l’ai pas dit, sachez que la population de Mambanda c’était en majorité des Dschang, Bafang , Bamenda & des Bamouns. Mon autre voisine c’était Mawamba Mabelle, une petite fille brune et un peu joufflue plutôt gentille. Je l’ai revu en 2017 à l’hôpital lors de la naissance de mon fils, elle y était en stage. Elle m’a même laissé un commentaire l’autre jour sur ma page Facebook. J’étais content de le lire. Je le mets en bas pour que vous lisez. Derrière nous il y’avait Calixte et Eugenie, elles étaient un peu plus grandes, elles vont devenir mes protectrices. Parmi mes amis, il y avait aussi  des garçons Paulin, Belmondo étaient plus en arrière. A l’extrême gauche de la salle, sur l’autre rangée,  il y avait une petite fille noire comme ça, on la surnommait Mami Yossa, son nom est Yossa Ngandjui Marie. Elle aimait sourire et jouer, j’aimais bien là voir, je crois qu’on était les plus petits en âge et les autres disaient que c’est ma femme. Sa maison était juste à coté de l’école, on s’y arrêtait souvent en rentrant pour boire de l’eau.

Je ne me souviens pas vraiment du cour de mon 1er jour, mais j’ai encore l’image de notre livre de lecture “Mon livre unique de Francais”. Ce livre je le cherche depuis, il y avait de beaux textes comme celui de Amina et Tamo. Ahhhh! J’oubliais, il y avait aussi TAMO, un gars de mon village et sa soeur qui étaient dans notre classe. On allait souvent chez eux avec ma famille. Je les ai perdus de vue depuis des années, que sont t’ils devenus? Je me rappelle qu’on apprenait l’écriture dans le cahier Les bananiers de 32 pages, double ligne avec la table de multiplication en arrière . Ce cahier est un classique. On apprenait aussi à tenir un crayon, à prononcer les mots.

Madame Thérèse venait parfois me tenir la main pour m’aider a ecrire. J’allais oublier, sa fille Arlette était aussi dans notre salle de classe, assise au 1er banc de la rangée à droite. Elle était alors intelligente hein. C’était ma principale concurrente. Oui, sachez que je fus un enfant très intelligent. J’étais toujours 1er et rarement 2ieme. J’étais petit durant mon parcours mais j’avais la grâce d’être un surdoué, et durant toute l’école primaire, j’étais connu par tous à cause de ma vivacité et mon intelligence. Les autres enfants me protégeaient, de ma classe jusqu’aux classes supérieures. Mais y’en avait qui me menaçaient aussi des fois, je ne me laissais pas faire hein!!

J’ai peur de la chicote et de la balançoire

Madame Thérèse faisait souvent ça aux enfants, tout comme certains maîtres de l’école. C’était pour les plus têtus, mais je trouve cette forme de punition brutale et inhumaine. Surtout pour des enfants. On allait souvent chercher même des maîtres en renfort, ainsi des plus grands qu’on appelait Gaillards, afin qu’ils arrêtent l’enfant à fouetter a partir de ses quatre membres. Souvent c’était à des enfants de moins de 08 ans vous imaginez? Pendant ce temps ça faisait rire.
Ma maîtresse m’a souvent fouetté et un jour elle m’a même dit de venir avec la chicote et pareil pour ma cousine Christelle. Lorsque nous sommes arrivés avec,  elles nous a fouetté avec. C’est ce qu’ils appellent traditionnellement le GOUTER. Leurs mamans hein! Tentez encore ça voir.

Un autre jour, en me fouettant, j’ai eu une HEMORRAGIE nasale, la première de ma vie, le sang coulait de mes narines, je crois que c’est de là que sont nées mes allergies nasales que je traîne jusqu’à aujourd’hui. Vous voyez alors? Sinon, malgré tout cela j’aimais beaucoup Madame Thérèse et elle aussi m’aimait. Durant tout mon parcours, elle me présentait toujours comme son meilleur élève et était très fière de moi. Elle ne vivait pas loin de l’école, en location dans un petit studio d’une chambre et un salon avec ses 04 enfants. C’est plu tard que j’ai compris qu’elle était pauvre, tout comme la plupart des autres enseignants au primaire. C’est dommage ! Monsieur Gaston mon maitre du CE1 était bendkineur après l’école. Vous imaginez??

J’ai très vite aimé l’école et je m’y appliquais

Je me souviens que ce sont les choses faciles qui me dépassaient souvent parce que moi même je savais que j’étais avancé. Eh ah !, c’est maintenant même que je comprends. J’ai toujours choisi ce que je veux comprendre et bâclé ce que je veux pas. J’ai fait un parcours plutôt brillant. Généralement parmi les 03 premiers. Sil A chez Madame Therese – CP A chez Monsieur Denis – CE1 A chez Monsieur Gaston – CE2 chez Madame Pasma – CM1 chez Monsieur Yves et Monsieur Belmond. Je n’ai pas fait le CM2. J’ai eu mon C.E.P.E à l’âge de 08 ans. Merci à tous mes maitres, certains sont déjà décédés. Que Dieu vous rende des bénédictions pour tout ce que vous avez donné.

Je me souviens que j’avais des rêves, des projections grandes comme le monde. L’école m’a donné des perpectives et le droit d’espérer. J’étais un enfant pressé que la société a détourné au profit des pesanteurs de la réalité de nos contrées pauvres. La science, l’histoire, les mathématiques, la langue et toutes ces choses qui nous cultivent au bas âge.  J’ai tellement de souvenirs de mon école primaire que je ne peux pas tout vous raconter ici. Je garde en mémoire des rencontres, des moments d’épreuves, des succès, des injustices, des efforts et des histoires. On entre en étant un enfant innocent, on en sort rêveur et ambitieux. Parfois frustré et perdu à cause de la suite parfois non favorable.

Tous les lendemains de mon 1er jour à l’école, on faisait le rassemblement face au drapeau afin de chanter l’hymne nationale entonnée par un enfant du CM1 ou du CM2. On était sensés être de bons enfants de la patrie. On disait qu’on était le fer de lance, mais 25 ans après, Qui sommes nous devenus?  J’aimerai qu’un jour ce texte soit lu par des enfants à l’école primaire. Ceux qui ont pissé dans le caleçon comme moi, ceux qui ont de l’enthousiasme, ceux qui se sentent mal, ceux qui sentent bien, ceux qui sont là mais sans savoir pourquoi. Ceux à qui on ment afin de faire espérer, ceux qui font aussi leurs premieres expériences de la vie en société. Une pensée pour Julio, Modeste, Biyo Christophe, Banoungui Benoit Junior, Anselme, Moustapha, Youssouf, Nsangou, Raissa Keumo, Anselme Pam, Mandarine, Aline, Paulin et tous ceux avec lesquels j’ai fait le primaire qui liront ou s’en souviendront.