Ma vie de Vagabond-Partie 2: La souffrance que je ne montrais pas

Ma vie de Vagabond-Partie 2: La souffrance que je ne montrais pas

23 avril 2019 9 Par Atome

J’écoutais souvent le titre “Vagabond” de Brasco, un de mes meilleurs morceaux dans le RAP Français entre 2008 et 2010. J’avoue que je m’y suis souvent retrouvé, et comme une invocation, cela m’est aussi arrivé.

Après avoir quitté Mambanda et ma tante, j’ai squatté chez une fille avec qui je flirtais à l’époque, une étudiante qui vivait à Ndogbong, mais j’y ai fait qu’à peine une semaine. Si j’allais chez ma tante Ma’a Chan, elle allait me dire “Rentre à Bonaberi et soumets-toi”, des choses que je ne voulais pas entendre, même un peu en cette période.  Je suis donc aller rester pendant quelques temps chez mon ami  Papouz. Sa Tata était plutôt tolérante et m’avait quelque peu adopté. J’essayais de faire des économies et j’espérai trouver très bientôt une petite chambre que j’allais louer et continuer ma vie tranquille; d’ailleurs depuis mon Bacc en 2008, j’en rêvais. Mon ami Papouz m’aidait dans mes activités, mais je devais parfois m’occuper de nous deux en termes de nutrition et autres… On allait souvent rester au mont des oliviers en Fac ou on rencontrait Jadana et tous les autres. Parfois, c’était chez Chercheur d’Or, mon ami rappeur qu’on se retrouvait. Bref on trainait dans le cité.

Papouz et moi en 2011

Le concert

Durant cette période Jadana et moi qui étions très impliqués dans les projets de musique et d’événements culturels à l’Université, avions décidé de se donner un nouveau gros challenge, celui de faire notre propre concert à l’Université. C’était une opportunité pour se faire de l’argent de la notoriété et promouvoir mon disque. Nous nous sommes lancé dans cette aventure bien que n’ayant pas assez de moyens. C’était à l’époque où Youssoupha était au Cameroun. Notre concert devait avoir lieu quelques semaines après le sien.  Nous fonctionnions comme un label, Jadana finançait en grande partie et gérait la partie administrative, moi je m’occupais de la conception des documents, de la communication. On faisait du street-marketing et aussi du branding, de la promo media & online. Croyez moi, c’était ma part d’école là-bas, mes camarades à l’école récitaient les théories et se moquaient de moi.  Pour notre concert des hotesses/ commerciales qui arboraient les Tshirts RAP Juridiquement Valable et une stratégie de terrain.

Affiche du concert Atome & Jadana 2012

On avait même réussi l’exploit de mettre une grande Affiche 4×3 à l’entrée de l’université. Depuis plus de 10 ans ça ne s’était jamais fait. Jadana avait la niaque et beaucoup de motivation, c’est un dur ce mec. C’est chez Chercheur d’Or que nous faisions souvent nos réunions. Au final, le 22 Juin 2013 nous avons fait le 1er concert à Guichet Fermé au Gymnase de l’Université de Douala. 1000 billets vendus. Franko, Mink’s, Boudor et bon nombre d’artistes du Campus.  On a réussi!

Moi , Franko, Fidjil, D-christian, Athanase Owen, photo du 22 juin 2013

La TATA de Papouz

L’après concert ne fût pas facile. On avait certes relevé notre Pari, mais on s’était ruiné, Jadana un peu plus que moi, l’investissement du concert comparé à son bénéfice financier ne permettait pas d’avoir grand chose. On a eu du respect mais pas de l’argent.  Il fallait reprendre la vie et surtout défendre cette image qu’on avait donné de nous. Mais la galère alors. Ma situation va s’empirer…

Ça devenait un peu tendu chez Papouz, sa tante commençait à me demander “Tu rentres quand chez vous? Pourquoi tu ne vas pas chez une autre personne de ta famille?”. Je lui disais, je ne peux pas, je vais aller louer.  Un jour, Papouz a voyagé pour aller chez ses parents à Mbouda, sans rien me dire, il ne voulait pas me blesser en me foutant à la porte certainement.  02 jours après son voyage, je n’avais aucune nouvelle de lui et sa Tata m’informe qu’il est à Mbouda, et elle me demande qu’est ce que tu fais alors ici? C’est bien lui qui t’amènes dans cette maison! Elle m’a dit “portes tes choses et tu pars, je ne veux plus de toi ici”, il pleuvait du tonnerre ce soir là, il était environ 21h30, je suis allé plier mes choses et elle a encore insisté, je lui ai dit d’attendre le lendemain et elle m’a dit non. Voilà comment j’entre sous la pluie sans destination, le coeur meurtri, je voyais mes efforts de m’en sortir de plus en plus fermés. 

J’ai longé ce jour le chemin du commissariat 7e jusqu’à Ange Raphael. Lorsque la pluie a baissé, je me suis arrêté devant SIC Cacao et je me posais des questions en pleurant. Tout me passait par la tête, sauf le suicide, je voulais encore plus vivre, pour montrer que je n’ai pas tort et que je n’ai besoin que de temps. Je repensais à ma mère que je n’ai jamais connu, je me disais “Et si elle était là, je ne serai pas autant seul”. Je pensais à mon père je lui en voulais, car s’il s’occupait de moi, j’aurai peut-être un toit. Je pensais à Ma Grand-mère, qui savait éponger mes douleurs, mais elle n’était plus là. Je me souvenais de l’époque où mon oncle m’a abandonné, je me refaisais ma vie, je me rappelais des discours de mes tantes, les conflits, mes désobéissances, je pleurais ce jour ayant froid, c’était si atroce. Je demandais à Dieu “Pourquoi tant d’épreuves, pourquoi ça ne doit jamais marcher comme il faut, pourquoi je ne peux pas rêver? Pourquoi je n’ai pas aussi mes parents?”.

Moi et mon sac à dos à l’époque quand je faisais mes promos radio

Chez SAM

Après, j’ai continué de marcher tabassé par les gouttes de plus qui faisaient bourdonner mes oreilles, je grelottais, la pluie avait essuyé mes larmes et mes morves. En plus j’étais malade (Car j’ai un sorte de sinusite depuis des années, qui ne me permet pas de supporter le froid, la poussière, les odeurs piquantes…).  J’ai pris la route pour Ange Raphael, chez Général  Sam, un autre pote de depuis 2008 qui faisait la faculté de droit et encourageait nos activités car fan de RAP. Sam vivait derrière Express Union, au Carrefour Ange Raphael, tout près du campus. Arrivé chez lui, je ne pleurai plus, je lui expliquai ma situation en lui demandant si je peux crécher là au moins la nuit ou quelques jours. Par compassion il a dit oui et m’a donné de la bouillie de riz ce soir là. C’était la période du carême car Sam est musulman. Le lendemain, j’ai encore dormi chez lui, mais le 3e soir il m’a confié que ce n’était plus possible et j’ai compris. J’y ai laissé mon sac et je revenais juste me changer le soir. 

J’ai commencer à dormir dehors, dans la rue! Mais vous êtes loin d’imaginer la suite. Les gens me voyaient mais ne savaient pas ce que j’endurai, mais je devais être ATOME, le rappeur ambitieux qu’on connait. Avec une grande affiche à l’entrée de l’Université, une petite renomée. Comme on le dit dans le RAP “Les hommes se cachent pour pleurer”. 

J’avais décidé de ne plus retourner vers ma famille quoi qu’il en soit. J’allais porter ce mon fardeau, tenter jusqu’à trouver mon salut. C’était peut-être le prix de mon insoumission et de ma têtutesse. Les choses allaient de mal en pis malgrés les éfforts.

A suivre…