Ma vie de vagabond- Partie 3/4_”Du micro à la vie de  Nanga Mboko”

Ma vie de vagabond- Partie 3/4_”Du micro à la vie de Nanga Mboko”

5 juin 2019 8 Par Atome

La vie a des virages, parfois des situations tellement inattendues arrivent au détriment de la projection que tu t’étais faite. Lorsque cela arrive, tu vas faire comment si ce n’est de t’adapter? Suite à mes déboires chez la tante de Papouz et à mon court séjour chez mon pote Sam, comme je l’ai dit, je me suis retrouvé sans abri, errant avec mon sac à dos. On approchait la fin du 2nd semestre en Fac, et le jonglage que je vivais était de taille, je ne savais même pas quel niveau académique je faisais. Pas grand chose en poche, pas de toit. Mon périple de vagabond continuait…

Chercheur D’Or

En journée, j’allais en Fac tuer le temps ou à des rendez-vous, le soir venu, je me cherchais au gré de l’opportunité que je pouvais avoir.  Il m’arrivait parfois d’aller dormir chez Chercheur D’or qui vivait aussi à la cité sic. Mais je ne devais pas abuser, de plus c’était un ou deux jours souvent car, chez eux, venaient des cousins. C’est même là-bas qu’au départ je mangeais, sa grande soeur partageait le repas avec moi. Les autres jours, durant des nuits, je devais me débrouiller à trouver un petit coin dans la rue où dormir (Mais personne ne savait). Je repoussais parfois le sommeil, tel un soldat en guerre qui doit veiller sur son camp. Certains soirs, je marchais sans savoir où j’allais, cela durant des heures. J’avais sommeil, j’avais froid, j’avais faim et j’étais anxieux, mais je supportais.  Lorsque je devais me laver ou laver des vêtements, j’allais chez chercheur d’or. Dans mon sac à dos qui me pesait, j’avais un drap que Marina, mon ex copine de l’époque qui m’avait grave déçu à cette époque m’avait donné. En effet je suis allé à Yaoundé chez elle durant cette période là, et je suis rentré meurtri. Pour vous dire à quel point tout allait de mal en pis dans ma vie, bref, je vous parlerai d’elle un jour.

Nanga Mboko

Le premier soir où j’ai dormi dehors, c’était à Ange Raphael pas loin de l’université avant le carrefour pendaison. Il était pratiquement 02h et j’avais déjà trop marché, je me suis posé dans le hangar d’un vendeur de vêtements que je voyais souvent en journée (Il n’aurai pas imaginé, des choses se passent vraiment dans la nuit). Couvert par le drap de mon ex (je l’ai toujours je sais meme pas pourquoi), c’était loin d’être confortable, moustiques, froid , torticolis, mal d’os, frissons, tous se mélangeaient.  Des jours ont suivi comme cela, avec les mêmes scènes. Quelques soirs, pour me faire un peu d’argent, j’allais rapper dans des snacks, mais petit à petit je me suis découragé. Je me contentais d’écrire désormais, je faisais beaucoup de textes mélancoliques à cette époque. Je me rappelle d’un où j’écrivais :

A croire que j’ai mal fait les choses mal fait mes choix,

mal compris la vie et pas suivi les bonnes voix.

J’ai appris à vivre à vivre en faisant face à un peu de tout

Galère, exploits, mon destin, des détours

Et si la vie est une école, j’ai pas compris l’amour 

Plus d’épreuve et moins de bonnes notes je l’avoue

La famille m’en a vendu, mais crois moi y’a pire

Les avances monnayées, les filles ça les captive

Et puis je t’ai pas dit, en embrassant le monde, j’ai chopé l’hépatite

De père incognito, Mama m’a quitté tôt

Et si j’avais le pouvoir de Hiro Nakamura, je serai à ses té-co

En train de prendre du tété, 

J’ai trop cherché l’amour, on m’a constamment “têté”

Voilà dans quel état j’étais au fond de moi, j’écrivais pour évacuer. C’est à cette époque  que j’ai aussi composé mon titre “La vie chère” et bien d’autres que vous ne connaitrez sûrement jamais.

CHEZ JADANA

Je vous ai déjà parlé de lui. Après notre concert en Fac, il faut dire qu’il a fallu que chacun souffle de son coté. Ayant su que j’étais errant, il m’a proposé de souvent venir dormir chez lui. Et c’est ce qui arrivait, deux ou trois par semaine, il m’offrait gracieusement son lit et ses parents, leur maison familiale. Je m’y lavais, j’y dormais et parfois même j’y mangeais, tout cela au prix de Zéro Fcfa. Peu de personnes auraient fait cela. Je crois qu’il faut que j’aille remercier la famille KANAGA pour cette protection. Je n’ai pas vraiment fait preuve de gratitude. En effet mon plan avec Jadana était le suivant, ils avaient chez eux des chambres à louer, il était question que je cherche un peu d’argent pour en prendre une dans quelques mois, en attendant, quand c’était possible, je venais y crécher.  Je sortais le matin et je revenais le soir. Parfois je disais que j’ai dormi chez chercheur d’or, ou autre part, mais c’était pas vrai. Je dormais dehors les jours où j’étais pas chez Jadana. Personne ne le savait.

2012 -ABK TV, venait d’ouvrir. Avec William Meli

Entre temps j’ai pu trouver de quoi m’occuper et me faire un peu d’argent

“Maman Monique”, retiens ce nom si tu es un des mes lecteurs.  J’avais déjà parlé d’elle, dans mon histoire de 10 ans après le BACC, ma grande Tante grâce à qui je suis retourné en Fac en 2010. Une très proche connaissance à elle, Maitre Meyong Bizole Jean-Claude, le chef du quartier IPD, chez qui on allait souvent avait lancé un grand chantier sur la route reliant les quartiers Ndogbati et Ndogssimbi. Les proches qui voulaient étaient autorisés à travailler comme manoeuvre moyennant des frais.  Au départ durant l’année j’y allais comme ça pour aider comme la plupart le faisaient. Mais avec la situation que je traversais , c’était une opportunité pour moi. Je me suis donc concentré sur le chantier et j’y allais tous les jours du matin au soir, c’était mon stage de vacances. En plus là-bas, je pouvais me nettoyer, assister aux réunions, squatter et même parfois dormir sur les bancs d’une des salles de sa résidence. Ça m’est arrivé plusieurs fois. Certains jours, lorsqu’on finissait très tard, je rentrais chez ma tante pour passer la nuit. Mais elle ne savait pas que parfois je dormais dans la rue. Elle ne savait même pas que ça faisait des mois que j’ai quitté la maison de Bonaberi.

Durant mon errance, je me partageais entre tout ce qui pouvait me faire oublier l’ennui, j’écrivais des morceaux de rap, j’écoutais beaucoup de musique (j’avais toujours mon casque), j’allais le soir à des événements et shows. Celui qui était vigilant, aurait remarqué que je noircissais et que j’avais les mains souvent blanches de ciment. Tous ces temps, j’économisais, le moindre argent que j’avais. Au chantier on avait 2000/ 2500 par jour. Je mangeais une fois/ jour et je faisais l’effort de garder 2000 (J’ai toujours été très bon pour faire des économies, c’es mon coté Bami, lol!). Quelques soirs j’allais dans les snacks et j’avais 10.000 environ, mais je perdais gout à faire ça, il fallait souvent attendre 02h du matin pour prester, dans ces milieux glacés et plein de fumée où on fait la vie de jouissance perverse. Un soir j’ai emmené Chercheur d’Or dans un snack et je me suis fait 45.000 sur place après une prestation, il n’y croyait pas!!! Mais ce n’était pas des choses à répéter. Mon chantier m’importait plus, me relever m’importait plus. Je priais énormément, je gardais espoir, et je m’étais donné pour délai la fin des vacances 2013 pour sortir de cette misère. Je n’allais pas abandonner. J’étais fier tout de même d’avoir de quoi m’occuper au quotidien, ça me plaisait d’être au chantier. Je fuyais même les gens, j’étais déconnecté d’internet, je me faisais rare.

Et DIEU dit…

Dans la suite je vous parlerai de la fin de mon calvaire, du miracle accompli et des leçons que j’ai tirées de cette triste époque.