Ma vie de Vagabond_Part1 “Comment j’ai quitté Mambanda”

Ma vie de Vagabond_Part1 “Comment j’ai quitté Mambanda”

21 avril 2019 14 Par Atome

Pour ceux qui m’ont lu dans mes articles précédents récits notamment “10 ans après le Bacc, partie 3”, j’ai mentionné que pendant l’année 2012, j’ai dû quitter la maison de ma tante à Bonaberi pour devenir vagabond.

Comme je l’ai raconté, après la mort de ma grand-mère en novembre 2008 et de mon cousin en mars 2010, j’ai continué de vivre à Bonaberi avec ma tante Mami Jacka et ses filles, mes petites cousines Léticia & Ornella. Ces années là c’était les années de FAC, de RAP, d’adolescence, de galère, et de recherche de repères. Les années passaient et les choses ne s’amélioraient pas pour autant, la vie entre plusieurs maisons (parfois j’allais chez mes autres tantes rester), la galère au kwatt, la routine, l’absence d’issues réelles, l’horizon était flou.

J’allais à l’école mais ça ne me disait plus rien

Nous sommes en 2012, je me suis mis à fond dans le RAP, j’espérais trouver une issue par là. J’ai lancé mon petit business à travers ma musique. J’ai tout préparé, après 02 ans d’enregistrement, j’ai fait plan média, confection de CDs, et développé ma promotion (à mon niveau). J’avais demandé de l’aide à quelques personnes autour de moi qui croyaient à ce que je faisais. Le RAP que je faisais me permettait d’être autonome, et de ne plus dépendre de mes tantes ou de quiconque. C’était pas grand chose, et je me suis tellement sacrifié pour cela. Je me souviens comment j’avais souffert pour faire ma pochette de CD, j’allais chez l’imprimeur et c’est moi qui pliait les cartons toute la journée, j’ai failli y passer à cause d’un mal de dent qui m’a percuté un jour, la famine au ventre, beaucoup de sacrifices… Pour ma tante c’était des foutaises, de l’idiotie et elle a commencé à me reprocher de cela. Bref je me suis produit et j’essayais d’avancer.

                        L’affiche de la soirée de présentation de ma mixtape en 2012

Lorsque j’ai commencé à me faire connaître et que je passais dans quelques radios, mon petit nom courrait et même j’avais réussi à faire un clip, ma tante devenait moins tolérante à mon égard. Mon standard de vie n’avait pas pour autant changé, mais pour certains à Mambanda, j’étais déjà lourd comme on dit souvent. J’économisais le peu que j’avais en essayant de me projeter. Ma tante était fâchée de moi car je n’aimais pas cette vie que nous avions, elle voulait qu’on s’en contente et que j’aille à l’école ou que je trouve un travail décent qui me permettrai de la soutenir. Elle voulait que je l’aide dans les travaux quotidiens, son commerce, les travaux menagers etc… Mais pour ma part j’avais passé cette étape, j’étais assez têtu, insoumis et je vivais dans ma bulle (dans ma chambre comme un locataire). J’avais déjà travaillé quelques années avant, mais des jobs sans avenir pour moi. A force de vivre dans ce climat, ça devenait de plus en plus tendu entre nous, on est passé aux conflits de famille, “Ne touche plus le savon”, “Ne manges plus ma nourriture”, “Achète tes seaux”, “N’utilises plus ma lumière”, des problèmes d’autorité puisque je n’en faisais qu’à ma tête. Tant de choses qui faisaient qu’elle me voyait comme un fardeau, un élément nuisible, voire un échec bien que connaissant mon potentiel… Alors je m’absentais constamment et je vivais dehors, je venais à Bonaberi de plus en plus rarement, sans informer. Je n’aimais pas cette vie, je ne l’aimais plus.

Moi dans ma chambre à Mambanda en 2012

Mambanda m’énervait, de l’évasion

J’avais un ami au nom de Papouz et nous trainions tout le temps ensemble, j’allais parfois chez eux (chez une de ses tatas avec qui il vivait aussi), dans la zone du commissariat 7e, non loin de l’université. J’y passais parfois des jours voire des semaines. Notre quotidien, c’était radio & spectacles, des petits showcases, concert, la Fac, des petits moments meublés de passion, pas d’argent, mais au moins c’était mieux. Mambanda m’énervait, j’y voyais aucun rêve. Les gens avec les mêmes commentaires sur le foot, les femmes, le plus grand taxeur, la sorcellerie du kwatt… Et tout cela se passait devant chez ma tante qui vendait tous les matins du Pain Haricot Bouillie.  Les bruits des commentaires devant ma chambre durant toute la journée, et le pire c’est le BAR de Mama Annie devant la maison qui montait le volume de la musique en longueur de journée avec des songs que je n’aimais même pas. Les bruits des voisins, la toiture percée et les nuits à sortir l’eau qui envahissait ma chambre. Tout ça me saoulait!

Le déclic

Mambanda m’énervait, déjà que j’y avais plus d’amis, ils ont tous quitté le pays et étaient d’ailleurs très peu, je m’ennuyais dans cet environnement. Un jour en  Mars 2013, je suis rentré après avoir fait quelques  jours chez Papouz et je constatai que ma tante a confisqué mon ordinateur, enlevé mon ampoule. Etant donné qu’il pleuvait constamment dans ma chambre, la toiture étant foutue, tout était mouillé. Certaines choses avaient même moisi. Ma tante s’est mise à bavarder comme d’habitude et à crier sur moi. J’avoue que ce jour là j’ai répliqué. J’étais à bout de n’avoir que des reproches d’elle tout le temps, et elle n’était pas la seule, mes autres tantes le faisaient aussi.  Enervé de tout cela j’ai pris mon sac à dos bleu que je portais tout le temps, j’y ai mis quelques vêtements, quelques documents et c’est ainsi que je suis parti de Bonaberi, c’était pour de bon. Je n’allais plus jamais revenir, ce que je vais vivre par la suite va être un calvaire sans précédent. 

En effet, leur problème (mes tantes) était qu’elles voulaient me voir comme elles m’ont idéalisé, elles voulaient des retours du fait qu’elles se soient investies dans mon éducation. Elles voulaient que je sois comme les autres, alors que ma situation ne me permettait pas d’avoir les mêmes chances. De plus, ma vision de la vie était désormais tout autre chose, j’avais de la rage et je voulais rêver. Je leurs en voulais aussi d’une certaine façon car je souhaitais avoir la même importance et la même attention qu’elles avaient pour leurs enfants. J’en demandais trop, je sais.  On me voyait comme un ignorant qui se perdait, mais je gardais un minimum de lucidité malgré ma crise d’ado. J’avais d’ailleurs fait une chanson dans mon disque qui disait “Je suis pas comme vous croyez, donc je peux pas être comme vous voulez”, mais qui m’écoutait? Autant je me sentais marginalisé, autant je me repoussais et je n’en faisais qu’à ma tête, j’étais frustré, enragé, inquiet, méprisant, replié, on me disait égoïste, j’étais mélancolique à l’idée que ma vie ne va être qu’une succession de malheurs, d’absence de chance, de pauvreté, de misère, j’étais déboussolé, très souvent pensif mais une part de moi voulait espérer, exister, j’avais la pression. Je vivais dans le RAP, dans mon casque, heureusement qu’il y’avait ces morceaux que j’écoutais et qui me donnaient de la force.

J’ai déménagé pour aller je ne sais où mais je ne pouvais plus y rester.

Je vous raconterai la suite de ma vie de Vagabond dans la partie 2…