“MAMI LU”, ma grand-mère. Part 1 “Au début de ma vie”

“MAMI LU”, ma grand-mère. Part 1 “Au début de ma vie”

20 novembre 2018 4 Par Atome

NB : MAMI LU se lit MAMI LOU

Elle fut mon 1er repère dans la vie. Ma première protection humaine sur la terre. Mes premières expériences d’amour, je les ai vécu avec elle. Ma grand mère fut mon père et ma mère en même temps, le pilier de mon berceau.

Si je remonte le temps dans les lointains souvenirs de mon enfance, je dirai que la vie m’a causé des malheur, mais j’ai aussi connu des moments de bonheur. J’étais le fils à grand-mère. Avant l’âge de 4 ans, je me demandais toujours si elle était ma mère biologique, j’en étais confus au point de me demander si j’avais deux mères, dont l’une est décédée. Oui parce qu’à ses cotés, je fermais le vide de la mort de ma mère que je n’ai pas connu, a laissé.

Et quand on dit que quelqu’un vous aime, ma grand mère m’a aimé. Femme de caractère, dure et très orthodoxe. “Mami Lucie” ou “Mami Lu”  comme on l’appelait, de son vrai nom Yimbou Lucienne était une veuve avec 7 enfants dont ma défunte mère fut le 6ème. J’ai passé ma tendre enfance avec elle dans sa maison à Bonabéri-Mambanda. Couturière autrefois, commerçante et femme à tout faire, elle n’avait pas de repos. La saison des avocats, elles vendait des avocats. Durant la saison des arachides, elle faisait des caramels, Durant la saison des bananes, elles vendait des bananes.

Après la mort de son mari, et celle de ma mère. Nous avons vécu les premières années de ma vie au quartier CCC, on y vivait avec ma tante Mami Jacka et sa fille Christelle. Très vite, on va déménager pour Mambanda Bonaberi. Notre maison était une maison en carabote (planches précaires), peinte en blanc, ayant deux chambres, un salon, une petite cuisine, des toilettes, un petit jardin extérieur, et devant, un bar appartenant à mon oncle, que ma tante gérait. Je revois les clichés et décors du bar, les casiers et bouteilles de jus brasseries, l’odeur du fanta… la vie dans le quartier, le puit d’en face, la route poussiereuse qu’on arrosait , à cette époque où tout le monde m’appelait “Tostao” et plus sympathiquement “TOS” (ça venait d’un Homme qui était supposé être mon père que je ne connaissais pas). Je ne savais même pas que je m’appelais ALAIN. Mais me souvenirs les plus exacts se dessinent à partir de mes 4 ans lorsque je commence les classes à la SIL à l’école Futur Monde, avec ma cousine Christelle. Quelques temps avant que l’école ne commence, je me rappelle que j’étais obstiné et j’avais tellement hâte de commencer. Je me souviens du jour où ma tante Ma’a chan est venue à Bonaberi avec mes habits de classe. Il y’avait des complet-complet, comme cette ensemble chemise culottes de couleur bleu-bleu avec des étoiles, j’étais pressé de l’arborer. Je vous raconterai un jour mon premier jour d’école 😀 

A cette époque je ne connaissais pas grand chose de ma grand-mère, mais je me souviens que j’étais fortement attaché à elle. Mami Jacka et Christelle vont nous quitter l’année d’après. Nous sommes je crois en 1996. Je vais désormais vivre tout seul avec ma grand-mère. Si certains la connaissaient comme une femme très rigoureuse et difficile, moi je la vivais comme un ange, parfois il faut l’avouer même avec moi c’était pas toujours la dorlote. Elle me choyait, m’entretenait, m’apprenait la vie, me nourrissait, était ma confidente. Tout a commencé avec elle. En dormant toutes les nuits auprès d’elle je me sentais protégé. J’aimais l’écouter m’appeler affectueusement “Papa”. Malgré la pauvreté dans laquelle nous vivions, elle me donnait toujours de l’espoir, me consolait et croyait tellement en moi. Je me rappelle qu’il pleuvait dans notre chambre et que ma grand-mère mettait des nylons sur le moustiquaire et se levait dans la nuit pour les vider lorsqu’ils étaient plein. Et dans la famille tout le monde savait que j’étais son préféré parmi tous ses petits fils qui sont étaient déjà près d’une vingtaine. Je pense qu’elle n’a jamais vraiment digéré la mort de ma mère et elle se donnait le devoir de me rendre heureux.

Je me souviens de ses petits plats, le riz sauté aux oignons, les oeufs fris avec les bâtons de manioc. Et tous les mets traditionnels qu’elle cuisinait comme le TARO, le NKUI, la Tenue Militaire, le Pilé de Pomme/Banane/ Plantain qu’elle cuisinait au quotidien. Elle m’apprenait à compter, à jouer aux cartes, repasser des vêtements, les classer, faire ma toilettes, faire la vaisselle, je la voyais aller petit à petit avec moi, elle me conseillait et me disait toujours “Un jour, tu seras un homme et tu auras aussi ta part”. Des paroles qui n’étaient pas hasardeuses car, au quotidien pour mon entretien, il fallait qu’elle mette la pression à ses autres enfants pour qu’ils s’occupent du fils de leur défunte soeur. Mon oncle et mes tantes s’attelaient tant que possible à contribuer à mon évolution.

Ma grand-mère a eu une longue vie très dynamique, venue des pays Bamiléké dans les années 70, elle était l’aînée d’une famille de plus 7 enfants et son père était polygame. Elle s’est d’abord mariée et a vécu à Sangmelima où elle était couturière et faisait fortune. Puis, elle acheta avec mon grand-père le 1er moulin à écraser de la zone à cette époque. Ce qui leurs rapporta beaucoup d’argent. Ils vont connaitre une chute à un moment, mais je ne saurai vous dire réellement pourquoi car j’en sais pas plus. Je me souviens néanmoins qu’elle faisait encore la couture avant mes 4ans avec sa machine verte qui restait au salon. Elle avait aussi un vie associative très forte. Impliquée dans plusieurs réunions de fraternité de notre village Bandenkop et de la famille. Je me souviens qu’elle rentrait très souvent avec du Pain viande pour moi les Dimanche. Je me souviens qu’elle préparait parfois du Taro et du Nkui pour aller aux réunions, en tant que doyenne elle en avait le secret.

Je l’aidais souvent dans ses travaux, et j’étais toujours attentionné lorsqu’elle les faisait. Chaque fois qu’elle devait coudre un vêtement, c’est moi qui mettait le fils par l’aiguille car elle ne voyait plus très bien. Parfois c’est sur la natte posée au sol qu’on travaillait ou alors elle travaillait pendant que je mangeais. Elle savait parler et lire Français, c’est d’ailleurs elle qui m’a appris à écrire une lettre avant l’école. Commerçante de son état, elle savait aussi causer le pidgin Camerounais.

Ma grand mère avait une panoplie de problèmes de divers ordres, coté santé, elle ne se reposait pas beaucoup. La nuit quand je dormais en la serrant, en posant le pieds sur elle, je sentais qu’elle ne dormais pas. D’ailleurs elle se levait entre 03h et 04h tous les jours et entrait dans la cuisine. Durant des années, elle a finit par me donner le rythme.  A ces heures fraiches souvent, il y’avait notre voisin “Chef Beti” (qui était dshang en fait) qui mettait la radio, je me souviens de ce vieux générique du journal de la CRTV. Tous les jours de classe, vers 5h30-6h du matin, on sortait de la maison. Elle allait d’abord me déposer chez mon oncle, qui ne vivait pas loin de chez elle, je devais aller à l’école par la suite avec les filles de mon oncle, après qu’on ai pris le petit déjeuner (Pain beurre, tasse de lait au matinal). Nous étions tous inscrits dans la même école. Après m’avoir déposé, ma grand-mère vaquait à ses activités de commerce et c’est le soir vers 19h à son retour qu’elle venait me chercher.

Lorsque je rentrais souvent de l’école, la femme de mon oncle nous imposait une sieste de repos après qu’on ai mangé.  Mais moi, hélas, je n’avais jamais sommeil entre 14h et 16h. Je restais donc errant dans la barrière très souvent bloquée en attendant que les autres se lèvent. Je n’avais pas le droit, mais parfois j’allumais la télé et je baissais le volume pour passer le temps. Parfois j’ouvrai le portail doucement et je sortais jouer avec les enfants du quartier. Entre 16h30 et 18h, on étudiait ou on allait au répétitions. Et entre 19h et 20h, ma grand-mère passait me chercher, c’était toujours un grand bonheur de l’accueillir et de partir avec elle. Durant la soirée, on causait, elle me gardait toujours un petit truc particulier. Avec elle, je me sentais bien et heureux, je l’aimais énormément tout comme elle m’aimait.

Cette histoire sur ma vie avec ma grand-mère est passé par tellement de moments autant joyeux que douloureux. Je vous raconte la suite dans la partie 2