Quand on jouait encore aux billes!

Quand on jouait encore aux billes!

13 juillet 2018 1 Par Atome

Cet article m’a été inspiré par des enfants qui occupent leur journée en jouant  aux billes devant mon portail. Chaque jour, dès qu’il est 09h, des bruits m’interpellent depuis l’extérieur. Des cris d’enfants, des disputes, des « Joue vite dis-donc » « c’est mon tour », « ce n’est pas dans le carré », « mets bien ton pied, tu triches » ou alors le fameux « All ».

Oui le « All » est fameux, car c’est le jackpot quand tu as foiré toutes les billes misées sur le pot. Tous ces événements matinaux me font susciter de la  nostalgie, je me revois dans mon enfance il y’a bien plus d’une décennie. J’étais comme eux, jouer aux billes était l’une de mes activités favorites. Toi aussi qui me lit, j’en suis sure. 90% de nous  ont pris plaisir à le faire, garçon ou fille.

Sinon je vais un peu revenir sur comment ça se passait au quotidien quand je jouais.

Je ne sais pas qui a créé ce jeu, mais le moins que je puis dire c’est qu’il est hyper fascinant. Pour nous les enfants de quartier c’est une culture. Les billes c’est un peu comme un business. Chaque bille est une monnaie qu’on s’accapare au départ pour aller parier afin d’en gagner plus. Au départ, la plupart des enfants investissent  de l’argent  pour acheter un certain nombre de billes. 50,100  frs cfa ou plus sachant que la bille coute 10 frs cfa (A notre époque c’était le prix, je ne sais pas s’il a changé) ou 25 frs pour les grosses billes.

Après achat, on va aller désormais challenger les autres jouer afin d’agrandir sa  richesse en billes. Les plus forts emmagasinent des bouteilles et les plus faibles vident leurs réserves. C’est un pari. Soit on foire soit on se fait foirer.

Les différents jeux

Le principe du jeu de bille c’est de viser vers une surface dans laquelle sont placées les billes pariées.  On a plusieurs configurations et façons de jouer. Les billes sont placées dans une surface arithmétique.

  • Le rectangle/ Carré
  • Le cercle
  • Le triangle
  • Le labyrinthe

Mais, il existe aussi des formes de jeux tels que « le trou » qui consiste à viser les billes vers un trou creusé. Ou encore « la poursuite » qui consiste à lancer des billes en se suivant. Celui qui vise la bille de son adversaire l’emporte à chaque fois.

Enfant qui classe des billes

 Le jeu de billes a tout un langage très spécial, voici son glossaire. 

Coup-foire : C’est lorsque le jeu est sérieux et que les paris sont vrais. Là on ne veut pas juste s’amuser.

Coup éssai : C’est lorsque la partie est faite juste pour le fun, on va se foirer, mais après on se remettra nos bille.

Le pot : Il s’agit de lignes à partir desquelles les joueurs lancent le viseur en visant celles qui sont dans la surface de pari.

Boboh : C’est la bille fétiche, le viseur, Celle avec laquelle  on vise le pot afin de casser les autres billes. Le viseur doit être lourd, bien rond et sans défaut, c’est toute une sélection pour le choisir car le jeu dépend de lui.

Titi/ All : On le dit lorsque le joueur en un coup a réussi à foirer toutes les billes qui sont dans la surface de pari. En effet, si votre viseur tape sur une bille et qu’elle sort de la surface tandis qu’il reste plutôt, il s’agit d’un all.

Casser : C’est l’action de réussir à faire sortir une bille du pot. Dès lors, elle nous appartient.

Signer : C’est une action qui permet de se rapprocher de la surface de pari. Elle est permise lorsqu’on a déjà cassé au moins une bille. Elle ne peut se répéter qu’après avoir cassé.

Bon : C’est une expression qui est dite lorsqu’on veut signer.

Classer : Il s’agit du fait d’aligner les billes dans le pot selon le souhait de celui qui le fait. Très souvent le classement se fait tour à tour. C’est une étape importante car la configuration qu’on donne aux billes va souvent à notre avantage.

Modérer : C’est l’action par laquelle on lance les billes vers la le pot afin de savoir qui commence en premier. Le jouer dont la bille est proche du la ligne du pot a l’avantage de commencer en premier.

Toboh : On parle de toboh lorsque la bille est sur la ligne soit du pot, soit de la surface de pari.

Plumer : c’est lorsque  l’on dépouille totalement son adversaire et qu’il ne reste plus de billes

Kaski :  Cela signifie je passe en dernier, je suis le dernier à moderer.

Hors : Une bille est hors lorsqu’elle traverse la limite du pot pendant que l’on modère. Le joueur va donc passer en dernier dans ce cas.

Autres choses à savoir sur le jeu de billes

Le Coup : Coup deux- coup trois, il s’agit du nombre de billes à parier. Lorsqu’on dit coup cinq, cela veut dire que chacun mise  cinq billes.

Les gauchers : Très souvent, bien que les billes soient un jeu d’enfants, les gauchers sont très forts à ce jeu. Ils savent viser la cible et sont très souvent réputés comme de grands « foireurs ».

Le commerce de billes foirées : Il est très souvent pratiqué par les grands « foireurs ». Vu que leur butin est énorme, ils ont parfois des bouteilles de billes. Ils font alors du commerce à ceux qui en ont besoin. Les billes sont vendues à ce moment moins cher qu’à la boutique selon leur état. Cinq à 25 fcfa ou alors trois  à 10 fcfa selon leur état.

On ne met pas debout pour lancer une bille : On calcule bien la cible et très souvent avec le dos courbé, un pied sur la ligne du pot et un pied en arrière.

Il y’a des niveaux de challenge. Les meilleurs s’affrontent souvent en faire une très grande surface dans laquelle ils espacent les billes.  Le jeu n’est vraiment pas facile à ce moment, surtout pour le commun.

A défaut des billes, on peut jouer avec des ferrailles rondes, des cailloux tout ronds, ou alors des capsules de bière. Mais ce n’est pas toujours aussi aisé de joué avec des capsules.

Les inconvénients du jeu de billes

La cut : C’est lorsqu’un ainé passe et taxe toutes les billes. On dit souvent souvent qu’il a « Cut le pot ». Parfois lorsqu’on est vigilent, si l’un des joueurs aperçoit un taxeur venir, il crie tout haut « La cut, la cut » afin que les autres ramassent vite les billes.

Les petites disputes et les bagarres

La boue et la saleté : Oui, les enfants ne tiennent pas compte de cela mais ils sont exposés lorsqu’ils jouent. La plupart n’hésite pas à mettre les mains dans les eaux usées. Ils se salissent les mains et parfois se mouchent avec celles-ci sans les nettoyer.

 Les parents : Ils peuvent t’interrompre en pleine partie alors que tu as fait un pari sérieux.

L’endoctrinement : Le jeu de billes est tellement passionnant que  certains enfants y consacrent tout leur temps. D’autres vont jusqu’à voler de l’argent pour en acheter. Certains ne restent plus à la maison, ne mangent pas, sortent le matin et reviennent uniquement la nuit.

Voilà une part de l’enfance dans nos quartiers. Le jeu de billes et une culture dans nos kwatts au Cameroun. Il demande non seulement l’initiation mais aussi de l’intelligence et le gout du défi. Si tu ne l’as pas joué étant petit, tu as vraiment raté de bonnes choses